Evaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d'amaigrissement
Le surpoids et l'obésité, qui touchent respectivement 32 % et 15 % des personnes de plus de 18 ans en France, constituent un véritable problème de santé publique qui nécessite la prise en charge par un professionnel de santé et peut justifier, la mise en œuvre d'un régime alimentaire sous contrôle médical. Mais, dans de nombreux cas, des pratiques alimentaires d'amaigrissement sont adoptées en l'absence de surpoids ou de toute indication médicale, pour des raisons essentiellement esthétiques.
Dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS) et de ses actualisations successives, l'Anses a été saisie par le ministère chargé de la santé d'une demande d'évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d'amaigrissement, s'inscrivant dans la problématique globale de «l'image du corps ». L'objectif est de fournir des repères objectifs pour mieux identifier les éventuelles conséquences néfastes des régimes amaigrissants lorsqu'ils sont menés sans recommandation ni suivi d'un spécialiste, afin de permettre aux pouvoirs publics de proposer une politique de prévention dans le cadre du futur PNNS 3.
Processus d'expertise
Un rapport, fruit d'un processus d'expertise collective, a été réalisé par un groupe de travail composé de scientifiques et d'experts en nutrition. Il a été validé par le comité d'expert spécialisé « nutrition humaine » de l'Anses et publié en novembre 2010. Plusieurs auditions ont été réalisées dans le cadre du processus d'élaboration de ce rapport, mais considérant l'importance, la complexité et la sensibilité du sujet, l'Anses a souhaité enrichir la consultation amorcée. Ce travail a ainsi été porté à la connaissance des parties prenantes -membres de la communauté scientifique et médicale, représentants associatifs et responsables des organisations professionnelles. Cette consultation était ouverte jusqu'au 15 janvier 2011. Les contributions reçues ainsi que les éléments d'éclairage apportés par l'Anses ont été rendus publiques. Ces retours ont été analysés et ont donné lieu à un avis de l'Anses, validé par le comité d'expert spécialisé « nutrition humaine » et publié en mai 2011, qui établit des recommandations et des conclusions définitives.
Les régimes étudiés par l'Anses ont été sélectionnés sur la base de leur popularité, c'est-à-dire les plus fréquemment cités sur Internet ou ceux correspondant aux livres les plus vendus dans le commerce ou sur Internet. Quinze régimes(1) ont ainsi été sélectionnés. Ces régimes se différencient par leur composition en nutriments. Selon les cas, ils proposent la suppression d'une ou plusieurs catégories d'aliments, le maintien d'une seule catégorie d'aliments ou même la suppression totale d'aliments.
L'expertise de l'Anses a ensuite été réalisée en deux volets :
- identification et caractérisation des régimes amaigrissants afin de déterminer leurs impacts sur les apports nutritionnels, notamment en termes d'inadéquations des apports nutritionnels ;
- analyse de la littérature disponible afin d'identifier : > les conséquences biologiques des régimes amaigrissants ; cette analyse inclut l'identification de déséquilibres nutritionnels (macronutriments) et de déficiences d'apports en vitamines et minéraux ; > les conséquences physio-pathologiques et psycho-comportementales des régimes amaigrissants.
Une évaluation spécifique a également été menée pour certaines catégories de la population se trouvant dans des situations physiologiques et de vulnérabilité particulières : les cas spécifiques des enfants, des adolescents, des femmes enceintes et allaitantes, des personnes âgées et des sportifs ou sujets ayant une activité physique intense ont donc été examinés.
Conclusions et recommandations
Le travail de l'Anses montre que les régimes amaigrissants, pratiqués sans recommandation ni suivi d'un spécialiste présentent des risques pour la santé plus ou moins graves. Ils peuvent induire des déséquilibres nutritionnels et des inadéquations d'apports (insuffisance et excès), notamment en vitamines et en minéraux. L'évaluation souligne, en outre, le risque d'apparition de conséquences néfastes pour la santé associées à la pratique de régimes amaigrissants. Ces risques concernent notamment des perturbations physiologiques (d'ordres osseux et musculaire notamment), des perturbations psychologiques (troubles du comportement alimentaire), ainsi que des modifications profondes du métabolisme énergétique et de la régulation du comportement alimentaire. Ces dernières modifications sont souvent à l'origine du cercle vicieux d'une reprise de poids, éventuellement plus sévère, à plus ou moins long terme. Une des conséquences majeure et récurrente des privations et exclusions pratiquées, quelque soit le régime, est ainsi, paradoxalement, la reprise de poids, voire le surpoids: plus on fait de régimes, plus on favorise la reprise pondérale, a fortiori en l'absence d'activité physique, qui constitue un facteur essentiel de stabilisation du poids. D'autres risques ont été identifiés pour les populations spécifiques, notamment dénutrition, troubles hormonaux et perturbations de la croissance.
La principale conclusion de ce rapport est que la recherche de perte de poids par des mesures alimentaires ne peut être que justifiée pour des raisons de santé, et que cette démarche doit faire l'objet d'une prise en charge par des spécialistes - médecins nutritionnistes, diététiciens-nutritionnistes-, qui seront les plus à même de proposer le régime alimentaire correspondant le mieux aux caractéristiques de la personne.
L'Anses rappelle en outre que rien ne peut remplacer, en terme de santé, une alimentation équilibrée, diversifiée, en veillant à ce que les apports énergétiques journaliers ne dépassent pas les besoins. Par ailleurs, pour réduire les risques de prise de poids, l'évolution des habitudes alimentaires doit être associée à une activité physique régulière.
Mai 2011 Alimentation humaine Accueil,L'Anses,Actualités,Espace presse,Agenda,Nos thématiques,Alimentation humaine,Santé et alimentation animales,Santé et environnement,Santé au travail,Végétal,Avis et publications,Derniers avis et rapports,Avis et rapports Alimentation humaine,Avis et rapports Santé et alimentation animales,Avis et rapports Santé Environnement Travail,Avis relatifs au végétal,Avis et rapports disponibles en anglais,Bulletins et périodiques,Autres publications,S'abonner à la lettre d'information de l'Anses,Recherche et référence,Programme de recherche,Laboratoires et activités, + ,Recrutement,Marchés publics,Galaxie des sites,Partenaires,Extranet / ExpertNet,Espace junior,Mentions légales,Contact, ,
Pour en savoir plus... > Version espagnole de l'Avis de l'Anses du 4 mai 2011 relatif à la demande d’évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement : "Dictamen relativo a la solicitud de evaluación de los riesgos relacionados con las prácticas alimentarias de adelgazamiento"
Evaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d'amaigrissement
Le surpoids et l'obésité, qui touchent respectivement 32 % et 15 % des personnes de plus de 18 ans en France, constituent un véritable problème de santé publique qui nécessite la prise en charge par un professionnel de santé et peut justifier, la mise en œuvre d'un régime alimentaire sous contrôle médical. Mais, dans de nombreux cas, des pratiques alimentaires d'amaigrissement sont adoptées en l'absence de surpoids ou de toute indication médicale, pour des raisons essentiellement esthétiques.
Dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS) et de ses actualisations successives, l'Anses a été saisie par le ministère chargé de la santé d'une demande d'évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d'amaigrissement, s'inscrivant dans la problématique globale de «l'image du corps ». L'objectif est de fournir des repères objectifs pour mieux identifier les éventuelles conséquences néfastes des régimes amaigrissants lorsqu'ils sont menés sans recommandation ni suivi d'un spécialiste, afin de permettre aux pouvoirs publics de proposer une politique de prévention dans le cadre du futur PNNS 3.
Processus d'expertise
Un rapport, fruit d'un processus d'expertise collective, a été réalisé par un groupe de travail composé de scientifiques et d'experts en nutrition. Il a été validé par le comité d'expert spécialisé « nutrition humaine » de l'Anses et publié en novembre 2010. Plusieurs auditions ont été réalisées dans le cadre du processus d'élaboration de ce rapport, mais considérant l'importance, la complexité et la sensibilité du sujet, l'Anses a souhaité enrichir la consultation amorcée. Ce travail a ainsi été porté à la connaissance des parties prenantes -membres de la communauté scientifique et médicale, représentants associatifs et responsables des organisations professionnelles. Cette consultation était ouverte jusqu'au 15 janvier 2011. Les contributions reçues ainsi que les éléments d'éclairage apportés par l'Anses ont été rendus publiques. Ces retours ont été analysés et ont donné lieu à un avis de l'Anses, validé par le comité d'expert spécialisé « nutrition humaine » et publié en mai 2011, qui établit des recommandations et des conclusions définitives.
Les régimes étudiés par l'Anses ont été sélectionnés sur la base de leur popularité, c'est-à-dire les plus fréquemment cités sur Internet ou ceux correspondant aux livres les plus vendus dans le commerce ou sur Internet. Quinze régimes(1) ont ainsi été sélectionnés. Ces régimes se différencient par leur composition en nutriments. Selon les cas, ils proposent la suppression d'une ou plusieurs catégories d'aliments, le maintien d'une seule catégorie d'aliments ou même la suppression totale d'aliments.
L'expertise de l'Anses a ensuite été réalisée en deux volets :
- identification et caractérisation des régimes amaigrissants afin de déterminer leurs impacts sur les apports nutritionnels, notamment en termes d'inadéquations des apports nutritionnels ;
- analyse de la littérature disponible afin d'identifier : > les conséquences biologiques des régimes amaigrissants ; cette analyse inclut l'identification de déséquilibres nutritionnels (macronutriments) et de déficiences d'apports en vitamines et minéraux ; > les conséquences physio-pathologiques et psycho-comportementales des régimes amaigrissants.
Une évaluation spécifique a également été menée pour certaines catégories de la population se trouvant dans des situations physiologiques et de vulnérabilité particulières : les cas spécifiques des enfants, des adolescents, des femmes enceintes et allaitantes, des personnes âgées et des sportifs ou sujets ayant une activité physique intense ont donc été examinés.
Conclusions et recommandations
Le travail de l'Anses montre que les régimes amaigrissants, pratiqués sans recommandation ni suivi d'un spécialiste présentent des risques pour la santé plus ou moins graves. Ils peuvent induire des déséquilibres nutritionnels et des inadéquations d'apports (insuffisance et excès), notamment en vitamines et en minéraux. L'évaluation souligne, en outre, le risque d'apparition de conséquences néfastes pour la santé associées à la pratique de régimes amaigrissants. Ces risques concernent notamment des perturbations physiologiques (d'ordres osseux et musculaire notamment), des perturbations psychologiques (troubles du comportement alimentaire), ainsi que des modifications profondes du métabolisme énergétique et de la régulation du comportement alimentaire. Ces dernières modifications sont souvent à l'origine du cercle vicieux d'une reprise de poids, éventuellement plus sévère, à plus ou moins long terme. Une des conséquences majeure et récurrente des privations et exclusions pratiquées, quelque soit le régime, est ainsi, paradoxalement, la reprise de poids, voire le surpoids: plus on fait de régimes, plus on favorise la reprise pondérale, a fortiori en l'absence d'activité physique, qui constitue un facteur essentiel de stabilisation du poids. D'autres risques ont été identifiés pour les populations spécifiques, notamment dénutrition, troubles hormonaux et perturbations de la croissance.
La principale conclusion de ce rapport est que la recherche de perte de poids par des mesures alimentaires ne peut être que justifiée pour des raisons de santé, et que cette démarche doit faire l'objet d'une prise en charge par des spécialistes - médecins nutritionnistes, diététiciens-nutritionnistes-, qui seront les plus à même de proposer le régime alimentaire correspondant le mieux aux caractéristiques de la personne.
L'Anses rappelle en outre que rien ne peut remplacer, en terme de santé, une alimentation équilibrée, diversifiée, en veillant à ce que les apports énergétiques journaliers ne dépassent pas les besoins. Par ailleurs, pour réduire les risques de prise de poids, l'évolution des habitudes alimentaires doit être associée à une activité physique régulière.
> Version espagnole de l'Avis de l'Anses du 4 mai 2011 relatif à la demande d’évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement : "Dictamen relativo a la solicitud de evaluación de los riesgos relacionados con las prácticas alimentarias de adelgazamiento"