Les activités scientifiques
Flux RSS Faq   Glossaire   
Les activités scientifiques > Les méthodes d'évaluation > Ethanol : évaluation des risques

Evaluation des risques de l'éthanol

L'alcool contenu dans les boissons alcoolisées ou l'alcool à brûler sont des appellations familières d'une même molécule : l'éthanol. L'éthanol, ou alcool éthylique, fait partie de la famille des alcools et a pour formule chimique : C2H5OH .

 

L'éthanol est très répandu tant dans les produits de consommation courante que dans les procédés industriels.

 

 La production d'éthanol

 

L'éthanol brut est majoritairement produit par fermentation directe du sucre naturel de la betterave et de céréales (blé, orges), ou bien issu de fruits et de canne à sucre pour la production de certaines boissons alcoolisées.

Le procédé de fermentation pour la production de vin (ou de bière) est connu depuis l'empire babylonien, dès 3000 av. J.-C.
La France produisait en 2009 près de 14% des volumes d'éthanol produits en Europe. 

 

 Les usages de l'éthanol

 

L'alcool éthylique est présent dans de très nombreux produits de consommation courante (produits d'entretien, nettoyants, lave vitre, détergents liquides, produits d'hygiène, cosmétiques, désinfectants, encres, peintures et vernis, arômes, alcool à brûler, dégivrant, …). Il est utilisé dans de nombreuses applications comme :

 

 combustible (le gouvernement français a lancé officiellement fin 2006 l'E85, un mélange de 85 % d'éthanol et de 15 % d'essence comme agrocarburant, disponible dans plusieurs centaines de stations de service depuis la fin de l'année 2007) ;

 

 solvant (procédés d'extraction en laboratoires et fabrication de peintures, vernis, encres, matières plastiques, adhésifs, explosifs, parfums, cosmétiques, industrie pharmaceutique, …). L'éthanol dissout particulièrement bien les graisses et de nombreuses matières plastiques ; 

 

 désinfectant ;

 

 matière première dans la synthèse de produits chimiques (production d'acide acétique, d'acrylate d'éthyle, d'acétate d'éthyle, des éthers de glycol, d'éthylamine, d'éthylène, d'éthers oxydes).

 

 Les dangers de l'éthanol

 

A ce jour, l'éthanol est avant tout redouté pour son inflammabilité. L'éthanol à 70% volumique, par exemple, peut s'enflammer au passage d'une flamme lorsqu'il est à une température de 21°C.

 

L'éthanol est également très volatil : ses vapeurs forment un mélange explosif avec l'air dans des proportions comprises entre 3,9% et 19% de vapeur d'éthanol dans l'atmosphère.

 

Les effets de l'éthanol sur la santé sont observés chez les consommateurs de boissons alcoolisées : nausées, vomissements, vertige voire paralysie respiratoire.

 

Au-delà des symptômes d'ébriété constatés à court terme, la consommation excessive et régulière d'alcool s'est révélée dangereuse pour la santé à moyen ou long terme.

 

De fait, les toxicologues et les épidémiologistes ont acquis une bonne connaissance des effets et des mécanismes de l'éthanol par ingestion : cirrhose du foie, cancers, troubles du système nerveux, syndrome d'alcoolisation f œtale sont les pathologies les plus graves provoquées par la consommation excessive de boissons alcoolisées (INSERM, 2001).
Plus récemment, l'expertise collective de l'INSERM a confirmé que les femmes enceintes qui consomment régulièrement de l'alcool prennent le risque de perturber le développement psychomoteur de leur enfant.

 

Il est également reconnu que l'inhalation de vapeurs d'éthanol et le contact cutané peuvent être une source d'irritation locale.

 

 

 Résumé de la demande :

 

Les risques de la consommation d'alcool par ingestion étant bien connus, les ministères en charge de la santé, de l'environnement et du travail ont saisi l'agence, afin d'évaluer les risques résultant d'une exposition par inhalation de vapeur d'éthanol et par contact avec la peau.

 

Ces voies d'exposition à l'éthanol sont caractéristiques des expositions professionnelles à l'éthanol, par exemple, par inhalation dans le cadre de procédés industriels produisant ou utilisant l'éthanol ou par contact lors de l'utilisation des produits hydro-alcooliques pour la désinfection des mains, très largement répandu chez les soignants.

 

Mais la population générale peut également être concernée par ces deux voies d'exposition notamment à travers l'emploi de produits de consommation courante contenant de l'éthanol : parfum, lave vitre …

 

L'enjeu de cette saisine est donc de définir si l'éthanol présente un risque pour la santé notamment en matière de reprotoxicité lorsque des personnes sont exposées par contact cutané et/ou par inhalation, à de faibles doses, dans le cadre de leur travail ou de leurs activités domestiques.

 

Il s'agit donc, pour chacune des voies d'exposition, aussi bien pour la population professionnelle que pour la population générale :

 d'évaluer les risques sanitaires ; 
 d'envisager, si nécessaire, des mesures adéquates de réduction des risques ;
 d'identifier les possibilités de substitution de l'éthanol.

 

Méthode de travail :

 

L'évaluation des risques de l'éthanol a été prise en charge par le Comité d'Experts Spécialisés (CES) « Evaluation des risques liés aux substances chimiques » de l'agence.

 

Celui-ci a confié l'instruction de la saisine au groupe de travail «Evaluation des risques de l'éthanol », composé de dix experts toxicologues, médecins et chimistes.

 

Le groupe de travail avait pour mandat de :

 

 réaliser une synthèse des effets sanitaires de l'éthanol

 

La synthèse des effets sanitaires porte prioritairement sur les effets de l'éthanol, à faible dose, pour les deux voies d'exposition, que sont l'inhalation et le contact.

 

 identifier les filières et les usages de l'éthanol

 

Afin d'examiner les situations d'exposition à l'éthanol pour les populations professionnelle et générale, l'agence a collecté des informations relatives aux filières de production de l'éthanol, aux activités professionnelles utilisant de l'éthanol et aux produits de consommation contenant de l'éthanol.

 

La production d'éthanol comprend la fabrication d'éthanol brut et l'élaboration de produits fermentés induisant la formation d'éthanol, comme le vin. La description de la filière de production d'éthanol a été confiée au centre technique de ce secteur.

 

Les utilisations de l'éthanol dans le secteur industriel sont documentées à partir de l'exploitation des bases de données SEPIA et COLCHIC de l'INRS ainsi qu'à travers l'audition des syndicats et fédérations professionnels de la chimie, de la parachimie ou de la cosmétique.

 

L'étude des utilisations dans la population générale repose sur les résultats de l'extraction de la Banque Nationale des Produits et Compositions (BNPC) ainsi que sur les données rapportées par l'Association Française des Industries des Savons et détergents (Afise) ou par le RIVM (Institut national néerlandais de santé publique et de l'environnement).

 

 déterminer les niveaux d'exposition dans les deux types de population

 

Les valeurs d'exposition professionnelle à l'éthanol ont été collectées dans la littérature, par le recensement des niveaux d'exposition observés dans les entreprises et par une extraction des données contenues dans la base COLCHIC.

 

Les expositions de la population générale ont été estimées par le groupe de travail, sur la base des connaissances acquises sur les produits et leurs modes d'utilisation puis à partir de scénarios probables d'exposition. A partir de cet inventaire, les activités les plus exposantes ont été retenues pour construire un scénario théorique d'exposition à court terme, simulant l'exposition à l'éthanol d'une personne exposée un jour donné aux activités suivantes : l'utilisation d'une cheminée à l'éthanol, d'un produit ménager (produits de nettoyage de vitres), de produits cosmétiques, de produits hydro alcooliques (à raison de 10 frictions par jour) et le remplissage d'un réservoir automobile d'agrocarburant (contenant 5 à 8 % d'éthanol).
L'évaluation des risques de l'éthanol dans les produits cosmétiques a été conduite par l'AFSSAPS, puis prise en compte dans les travaux de l'agence.
L'exposition aiguë liée à l'application d'un produit de bricolage riche en éthanol (tel que le vernis au tampon) a également été estimée, même si son usage dans la population générale est peu fréquent.

 

L'exposition chronique à l'éthanol a été estimée à partir de données de concentration atmosphériques mesurées dans les environnements intérieurs et extérieurs au Canada, en l'absence de données françaises.

 

 évaluer les risques pour la santé dans les situations étudiées

 

L'évaluation des risques a été réalisée en mettant en regard les niveaux d'exposition mesurés ou estimés et les valeurs d'exposition susceptibles de conduire à des effets sanitaires potentiels.

 

 envisager des mesures de réduction des risques (dont la substitution) en fonction des usages

 

Les mesures de réduction des risques, y compris la possibilité de substitution de l'éthanol, ont fait l'objet d'un recueil des pratiques et des expériences auprès des professionnels.

 

 

La saisine a été instruite en deux phases : une première phase traite de l'évaluation des risques professionnels liés à l'éthanol, y compris en milieu de soin ; la seconde concerne l'évaluation des risques pour la population générale.

 

Les avis de l'agence et les rapports d'expertise sont consultables ci-dessous.

 

 Conclusions de l'évaluation des risques liés à l'éthanol, par inhalation et par contact cutané

 

 évaluation des risques en milieu professionnel

 

En dehors des boissons alcoolisées, l'éthanol est présent dans de nombreux produits professionnels (peintures, vernis et encres, produits hydro-alcooliques, agrocarburants). Plus de 650 000 professionnels seraient potentiellement exposés à l'éthanol, par contact cutané et/ou par inhalation.

 

Les effets cancérogènes et sur la reproduction de l'éthanol, associés à la consommation de boissons alcoolisées, sont bien connus. L'éthanol contenu dans les boissons alcoolisées est ainsi classé comme cancérogène certain (catégorie 1) par le centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Contrairement à l'ingestion, l'inhalation liée à une activité professionnelle ne conduit pas à l'augmentation significative de la concentration d'éthanol dans le sang, responsable de la plupart des effets toxiques chroniques cancérogènes et pour la reproduction.

 

Les concentrations atmosphériques d'éthanol sur les lieux de travail restent généralement très en deçà (6 à 20 fois) de la valeur limite d'exposition professionnelle française sur 8 heures (1900 mg.m-3 actuellement en vigueur et considérée comme ne provoquant pas d'effets chroniques). Toutefois, des dépassements peuvent être observés à certains postes de travail, notamment dans le secteur des distillations industrielles et de la vinification. Pour information, les concentrations d'éthanol dans le sang (éthanolémie) résultant de l'inhalation d'éthanol dans un cadre professionnel sont généralement très inférieures (50 à 250 fois) au seuil fixé par le code de la route (0,5 g.L-1).
Des symptômes d'ébriété, liés à des expositions professionnelles aigues à de fortes concentrations de vapeur d'éthanol, ne peuvent pas être écartés.

 

Les résultats des travaux d'expertise n'ont pas permis de mettre en év

 évaluation des risques pour la population générale

 

Parmi les activités courantes les plus exposantes, à court terme, les experts ont identifié en premier lieu l'utilisation de produits hydro alcooliques et de produits cosmétiques. Elles conduisent à des valeurs maximales d'exposition estimées respectivement à 758 et 230 mg.m-3.
L'utilisation de produits ménagers, d'une cheminée à l'éthanol ou le remplissage d'un réservoir automobile d'agrocarburant entrainent des expositions plus faibles à l'éthanol.
Le cumul de l'ensemble de ces expositions entrainerait une éthanolémie maximale de près de 0,9 mg.L-1 (soit près de 50 fois moins que le seuil fixé par le code de la route).

 

L'application de vernis au tampon serait l'activité qui expose le plus à l'éthanol parmi les scénarios envisagés. En effet, les concentrations d'exposition maximale modélisées seraient comprises entre 1450 et 2500 mg.m-3. Cette exposition entraînerait une éthanolémie comprise entre 5 et 9 mg.L-1.

 

L'ensemble des valeurs d'éthanolémie présentées ci-dessus sont inférieures aux éthanolémies rapportées pour les premiers effets aigus connus de l'éthanol (effets neurotoxiques), observés entre 100 et 200 mg.L-1.

 

Aussi, aucun excès de risque ne peut être mis en évidence dans le cas d'une exposition à l'éthanol à court terme de la population générale.

 

Les niveaux d'exposition chronique de la population générale à l'éthanol sont estimés, dans l'air intérieur, entre 0,05 et 0,1 mg.m-3, avec un maximum de 2 mg.m-3. Les concentrations en éthanol dans les environnements extérieurs sont dix fois plus faibles qu'à l'intérieur des logements.

 

L'éthanolémie induite par une exposition chronique à l'éthanol dans l'air des logements est si faible qu'aucun risque sanitaire (cancérogène et sur le développement) n'est attendu pour la population générale exposée par inhalation à l'éthanol.

 

 identification des possibilités de substitution

 

Les possibilités de substituer l'éthanol dans les produits de consommation courante ont été renseignées pour les produits cosmétiques et les produits de nettoyage et désinfectants. Les informations recueillies en 2008 confirment que l'éthanol est avant tout utilisé comme un produit de substitution d'autres agents chimiques avérés plus dangereux que l'éthanol. Dans le cas particulier des compositions parfumantes, la substitution de l'éthanol a été envisagée mais s'est montrée non concluante pour les fabricants.

 

 Recommandations

 

Au vu de ces travaux, l'Anses recommande :

 

 pour la prévention des risques en milieu professionnel

 

 de renforcer l'application des mesures de prévention, sur la base de la réglementation de la prévention des risques chimiques applicable à l'éthanol ; 
 d'actualiser la classification des dangers de l'éthanol selon les procédures en vigueur ; 
 de réexaminer les valeurs limites d'exposition professionnelle de l'éthanol au regard des connaissances scientifiques acquises depuis 1982 en visant à mieux protéger d'éventuels effets toxiques aigus (irritation des muqueuses oculaires et respiratoires, céphalées, sensations de fatigue, de vertiges, etc.) qui constituent également des facteurs potentiels d'accident sur les lieux de travail ; 
 d'améliorer la connaissance des expositions professionnelles à l'éthanol, en développant notamment les campagnes de mesures individuelles auprès des producteurs d'éthanol brut et dans le secteur de la vinification.

 

 pour la prévention des risques de la population générale

 

 de prendre des précautions, lors de l'utilisation de tout produit de bricolage contenant des substances volatiles, telles que l'application de ces produits dans un endroit convenablement ventilé et le cas échéant, le port d'un appareil de protection respiratoire adapté.

 

 pour améliorer les connaissances scientifiques

 

 de poursuivre l'acquisition des connaissances des effets chroniques et à faible dose de l'éthanol afin de disposer de données adaptées pour construire des valeurs toxicologiques de référence (VTR) par inhalation et de documenter l'éthanolémie basale dans la population française ; 
 d'acquérir des données expérimentales relatives à l'éthanolémie résultant d'expositions par inhalation afin d'affiner le modèle toxicocinétique à base physiologique existant (étude en cours financée par l'Anses).

 

 En savoir plus :

 

 L'évaluation des risques de l'éthanol en population professionnelle (2010)

 

 Consulter l´Avis

 

 Télécharger le rapport intégral (9,2 Mo)

 

 L'évaluation des risques de l'éthanol pour la population générale (2011)

 

 Consulter et/ou télécharger l´Avis et le rapport  (1,2 Mo)

 

 

 

Focus
26/10/2010
Diodes électroluminescentes (LED) : Vos réponses aux questions
>> Lire la suite



Copier le lien vers cette page