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En absence de vaccin et de traitement étiologique, l'unique voie de contrôle de l'épidémie de chikungunya, qui a sévi en 2005-2006 à la Réunion, est la lutte antivectorielle. Les mesures doivent permettre de réduire la densité du vecteur Aedes albopictus. La lutte dirigée contre les moustiques adultes a pour objectif la destruction des moustiques potentiellement infectés afin de limiter ou d'interrompre la transmission du virus. Ces mesures sont généralement réservées aux zones géographiques dans lesquelles la transmission est suspectée ou avérée. p> |
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Dans le contexte de la crise de chikungunya qui a sévi à la Réunion, l'Afsset a été saisie par ses ministères de tutelles le 10 février 2006 d'un travail d'évaluation comparative de l'efficacité et des risques pour la santé humaine et pour l'environnement des produits utilisés, dans la lutte antivectorielle adulticide (fénitrothion) et de son substitut à base de deltaméthrine.
Méthode de travail :
L'expertise de l'Agence était sollicitée afin de réaliser une évaluation comparée du risque sanitaire et environnemental associé à l'usage des produits à base de deltaméthrine et de fénitrothion. Il s'agissait en particulier, dans un premier temps, de réaliser : une synthèse des informations disponibles relatives à la physicochimie des substances et à leurs dangers pour l'homme et pour l'environnement, ainsi qu'une évaluation sommaire des risques pour le travailleur, le consommateur, l'homme à travers l'environnement et l'environnement, pour l'usage de ces substances en traitement adulticide à la Réunion.
Par ailleurs, l'évaluation des risques a consisté en une évaluation générale se basant le cas échéant, en l'absence de données réalistes sur l'exposition, sur des scénarios d'exposition génériques relatifs à ce type d'usage.
Le premier rapport d'évaluation des dangers et des risques liés à l'usage de la deltaméthrine et du fénitrothion a fait l'objet d'une analyse critique par l'unité Biocides de l'Agence ainsi que par trois rapporteurs, du CES Biocides de l'Agence le 6 avril 2007. Lors de cette séance plénière le CES a également pu entendre les remarques et commentaires des représentants des centres antipoisons (CAP-TV), de l'Ineris et de l'InVS qui ont été associés à ce travail dès sa mise en place. ![]()
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Résultats :
Efficacité
Le fénitrothion et la deltaméthrine présentent un effet insecticide important contre les moustiques vecteurs du chikungunya, action neurotoxique avec modes d'actions moléculaires différents. Toutefois de nombreux cas de résistance, fréquents pour leur famille chimique respective, pyréthrinoïdes de synthèse et organophosphorés, ont été mis en évidence. Les mécanismes à l'origine de l'apparition de ces résistances sont différents pour chacune de ces familles, ce qui offre la possibilité de pallier la perte d'efficacité d'une substance d'une famille en ayant recours à celle de l'autre famille.
La deltaméthrine est utilisée à dose plus faible que le fénitrothion (1 à 2 g/ha contre 200 g/ha). Et les travaux montrent que le fénitrothion est moins spécifique de la faune cible que la deltaméthrine.
Propriétés toxicologiques
Le fénitrothion présente essentiellement une toxicité aiguë, il agit par contact avec la peau et par ingestion. Aucun effet par inhalation n'a été décrit. Il est non-irritant mais sensibilisant. Aucun effet génotoxique, cancérogène ou effet sur la reproduction (fertilité et développement) n'a été montré.
La deltaméthrine présente essentiellement une toxicité aiguë. Des sensations de brûlures, de prurit, de paresthésie des zones exposées ainsi que des céphalées et vomissements lors d'intoxications graves ont été rapportés. Elle agit essentiellement par ingestion et plus faiblement par contact avec la peau. C'est une substance non-irritante, non-sensibilisante. Aucun effet génotoxique, cancérogène ou effet sur la reproduction (fertilité et développement) n'a été décrit.
Propriétés physicochimiques et comportement dans l'environnement
Le fénitrothion et la deltaméthrine sont peu solubles dans l'eau. Le fénitrothion se dégrade très rapidement dans le sol, plus vite que la deltaméthrine, tandis que dans l'eau la dégradation de la deltaméthrine est très rapide (celle du fénitrothion modérée) et plus lente dans les systèmes eau/sédiments.
La deltaméthrine présente une très forte affinité pour la matière organique (tendance à la rétention dans le sol et à une adsorption élevée sur les particules en suspension dans l'eau). Celle-ci est plus modérée pour le fénitrothion.
Les deux substances présentent un potentiel de bioaccumulation élevé avec un risque potentiel de bioaccumulation dans les chaînes trophiques.
La volatilité du fénitrothion est modérée et celle de la deltaméthrine quasi-nulle.
Propriétés écotoxicologiques
Le fénitrothion possède une toxicité élevée pour les organismes aquatiques. Elle est très élevée dans le cas de la deltaméthrine mais une récupération de l'écosystème est attendue au bout de quelques mois après son utilisation.
Le fénitrothion présente une toxicité élevée pour les oiseaux, les mammifères et les vers de terre. Celle de la deltaméthrine est modérée.
Les deux molécules sont très toxiques pour les abeilles, du fait de leur nature insecticide.
Risques pour l'homme
Les niveaux d'exposition déterminés lors de ces travaux conduisent à des risques associés à l'utilisation du fénitrothion préoccupants pour les applicateurs et pour la population générale à proximité des zones de traitement.
Les risques associés à l'utilisation de la deltaméthrine pour les opérateurs et la population générale peuvent être considérés comme significativement plus faibles que ceux associés à l'utilisation du fénitrothion.
Risques pour l'environnement
Les niveaux d'exposition déterminés lors de ces travaux conduisent à des risques associés à l'utilisation du fénitrothion très préoccupants pour les écosystèmes étudiés.
La deltaméthrine présente des risques très préoccupants pour le compartiment aquatique ainsi que des risques à long terme pour certains mammifères. Néanmoins les risques spécifiques n'ont pu être évalués pour les écosystèmes locaux de l'Île de la Réunion.
Les risques associés à l'utilisation de la deltaméthrine pour les écosystèmes pris en compte (non spécifiques de l'Île de la Réunion) peuvent être considérés comme significativement plus faibles que ceux pour le fénitrothion.
Conclusion
Sur la base de ces travaux, le CES a recommandé de prendre les précautions optimales suivantes :
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utiliser préférentiellement les produits à base de deltaméthrine
prohiber le recours à l'utilisation simultanée de la deltaméthrine et du fénitrothion
mettre en œuvre des protocoles adaptés pour les applicateurs en s'attachant plus particulièrement :
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- à l'optimisation et au respect des bonnes pratiques de traitement
- au suivi médical des applicateurs
- à la documentation de leur activité réelle.p>
mettre en œuvre des protocoles adaptés pour la population générale en s'attachant plus particulièrement :
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- à la définition de distances de sécurité par rapport aux zones traitées, sur la base de l'évaluation des risques conduite
- à maintenir les recommandations actuelles concernant la consommation des végétaux potentiellement contaminés par les traitements et engager rapidement la définition scientifique de leurs conditions de consommation
- à envisager des recommandations supplémentaires pour la consommation des produits d'origine animale (volaille, œufs, produits laitiers,…).p>
prohiber les traitements à proximité des compartiments aquatiques
mieux définir les zones de traitement pour protéger les espèces locales dont la sensibilité est inconnue.
Dans le cadre de l'épidémie de chikungunya sur l'Île de la Réunion, l'utilisation du fénitrothion a été suspendue dès février 2006.
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Au 1er juillet 2010 l'Afssa et l'Afsset ont fusionné pour créer l'Anses, agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.
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En savoir plus :
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L'épidémie à virus chikungunya à La Réunion et à Mayotte : rapport d'information déposé par la commission des affaires culturelles, familiales et sociales (juillet 2006 - 1,29 Mo) 
Mission d'appui à la lutte contre l'épidémie de chikungunya à la Réunion : rapport présenté par des membres de l'IGAS, de l'Afsset, de l'IRD et de l'InVS (janvier 2006 - 545 Ko) 
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Retrouver l'ensemble de l'information sur le chikungunya 
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