La lutte contre les insectes vecteurs de maladies telles que le chikungunya, la dengue ou le paludisme constitue un véritable enjeu de santé publique en France, principalement dans les régions d'outre-mer. En absence de vaccins ou de traitements thérapeutiques, la lutte antivectorielle et en particulier les traitements insecticides, réalisés par des opérateurs professionnels, sont essentiels. La protection peut également être individuelle lorsqu'il s'agit par exemple de répulsifs corporels qui sont utilisés aussi bien par le public que par les professionnels de lutte antivectorielle. Un des répulsifs les plus couramment utilisés depuis les années 1960 est le DEET. Sachant qu'il est recommandé de l'appliquer uniquement sur les parties de peau non couvertes par des vêtements, les opérateurs de lutte antivectorielle, qui sont équipés d'une combinaison de protection pendant les opérations d'épandage d'insecticides, évitent la co-utilisation du DEET et d'insecticides. Néanmoins, les opérateurs peuvent s'appliquer du DEET avant ou après les opérations de traitements insecticides ce qui pourrait impliquer une co-exposition systémique susceptible de favoriser une augmentation de la neurotoxicité si toutefois les deux substances agissent par les mêmes mécanismes d'action.
Une étude publiée en 2009 émet l'hypothèse que le DEET inhiberait les cholinestérases, enzymes clés du système nerveux (Corbel et al., 20091). Or, c'est un mécanisme commun à certaines substances insecticides. Par conséquent, la co-exposition des professionnels de la lutte antivectorielle au DEET et aux insecticides soulève la question d'une possible interaction entre ces substances et par là même à une augmentation des effets neurotoxiques.
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C'est dans ce contexte que les ministères chargés de l'écologie, de la santé et du travail ont demandé de réaliser l'analyse critique de l'étude de Corbel et al. (2009) et d'en apprécier sa portée en ce qui concerne les co-expositions des professionnels de la lutte antivectorielle, qui sont exposés au DEET et à des insecticides ayant une action anticholinestérasique ou sur le système de neurotransmission cholinergique.
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Méthode de travail :
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L'analyse critique de l'étude de Corbel et al. (2009) a été réalisée afin de vérifier l'hypothèse avancée par les auteurs selon laquelle le DEET est un inhibiteur des cholinestérases et qu'il interagit avec d'autres substances anticholinestérasiques ou ayant une action sur le système de neurotransmission cholinergique.
Par ailleurs, les études toxicologiques mettant en œuvre la co-exposition aux substances d'intérêt restant à ce jour le seul moyen d'étudier les interactions possibles, une revue des données toxicologiques disponibles relatives aux mécanismes impliqués dans la neurotoxicité du DEET et des insecticides pouvant agir par des mécanismes d'action communs ou similaires ou ayant les mêmes organes cibles a été effectuée.
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L'analyse critique de l'étude de Corbel et al. (2009) permet d'avancer des hypothèses sur les mécanismes d'action in vitro de la substance DEET seule, mais elles doivent être confirmées in vivo aux doses proches de celles auxquelles l'homme pourrait être exposé.
Il n'existe actuellement pas d'études expérimentales de co-exposition au DEET et aux substances utilisées ou potentiellement utilisables en lutte antivectorielle. Cependant, outre l'étude de Corbel et al. (2009), quelques études de co-exposition au DEET avec des substances neurotoxiques sont disponibles. Les résultats de ces études montrent que certaines associations, incluant le DEET, induisent une augmentation des effets neurotoxiques par rapport à ceux observés avec les substances seules. Cependant, les mécanismes d'action avancés par les différents auteurs pour expliquer cette exacerbation d'effet neurotoxique ne semblent pas impliquer l'inhibition des cholinestérases. Il est à noter que ces études présentent des biais méthodologiques et/ou ont été menées selon des voies et conditions d'exposition différentes de celles auxquelles les professionnels de la lutte antivectorielle sont susceptibles d'être exposés.
Ainsi, dans l'état actuel des connaissances, il n'est pas possible de conclure quant aux interactions potentielles pouvant se produire lors d'une co-exposition au DEET et aux insecticides utilisés ou potentiellement utilisables en lutte antivectorielle.
Il est rappelé que le DEET permet de se protéger efficacement contre les piqûres de vecteurs de maladies graves (chikungunya, paludisme, dengue …). Ainsi, toute recommandation ayant pour objectif une restriction d'usage du DEET par les professionnels doit être fondée sur une approche bénéfice/risque, considérant d'une part les connaissances sur la situation épidémique et d'autre part la toxicité de chacune des substances utilisées seules ou en concomitance. A cet effet, la finalisation des évaluations du risque des répulsifs corporels, en cours au niveau européen dans le cadre de la réglementation biocides, pourrait mieux guider ces choix.
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En savoir plus :
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Article : Corbel V., Stankiewicz M., Pennetier C. et al. (2009). Evidence for inhibition of cholinesterases in insect and mammalian nervous systems by the insect repellent deet. BMC Biology 7: 47 
Avis de l'Anses et de l'Afssaps - Rapport d'expertise collective - Édition scientifique - Octobre 2010 "Co-exposition des professionnels de la lutte anti-vectorielle au DEET et aux insecticides" (3 Mo)
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